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« Or Blanc » d’Afrique : le riz, quels modèles pour atteindre l’autosuffisance alimentaire ?

« Or Blanc » d’Afrique : le riz, quels modèles pour atteindre l’autosuffisance alimentaire ?

Aujourd’hui, la pandémie de coronavirus accroît à nouveau un risque sur les difficultés d’approvisionnement et augmente la pression en faveur de l’indépendance alimentaire, notamment sur un produit spécifique, le riz, qui, plus que toute autre céréale, représente un véritable enjeu de croissance, particulièrement pour les pays producteurs ouest-africains.

Le riz, une denrée précieuse

En Afrique de l’Ouest, le riz est stratégique : la consommation de riz a été multipliée par quatre ces trente dernières années dans la région. Cela s’explique par l’essor démographique, l’urbanisation et l’augmentation des besoins individuels. Ces dernières années, plusieurs États de la région ont ainsi pris des mesures radicales pour développer leur production domestique de riz. Malgré des progrès observés, notamment grâce à l’extension des surfaces rizicoles, les importations de riz représentent toujours 45% de la consommation totale de la région, contre 40% au début des années 2010 et 20% dans les années 1960 et 1970. Les dépenses annuelles allouées à l’importation de riz pour combler leur propre déficit restent ainsi extrêmement élevées (300 milliards de F CFA pour Abidjan, 190 milliards pour Dakar et 163 milliards pour Yaoundé). De ce fait, les importations, majoritairement asiatiques, ont explosé, triplant depuis les années 1990.

Le modèle nigérian, une réussite ?

Le Nigéria s’est engagé à atteindre l’autosuffisance, à l’image de ses voisins sénégalais, ivoiriens et maliens. Cependant, Abuja se distingue par des mesures drastiques pour réduire sa dépendance aux importations : hausse importante des taxes sur les céréales importées, interdiction d’accès pour les devises étrangères pour régler les importations et fermeture des frontières pour empêcher l’entrée de riz de contrebande. Dans le secteur privé, un ensemble de mesures a permis d’améliorer la productivité des petits producteurs, qui représentent 80% du secteur et d’encourager les investissements de grands groupes nationaux et internationaux : prix minimum garanti, fourniture d’intrants, prêts agricoles, exonérations fiscales pour les rizeries. Dans un premier temps controversée, cette politique semble fructueuse : au sein du top 20 mondial des importateurs de riz, où figure le Nigéria, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, le Nigéria est le seul à avoir réduit ses importations entre 2013 et 2019. Cependant, à la suite de ces réformes, le riz a atteint un prix exorbitant en 2019, passant de 2800 nairas (6,36 euros) à 5 000 nairas (11,81 euros), pour le sac de 10 kg.

(Re)penser un modèle agricole viable

Ces dernières années, les politiques agricoles étaient majoritairement axées sur les investissements étrangers et les réformes permettant de les faciliter. Désormais, elles doivent se recentrer sur le renforcement des marchés régionaux et nationaux, à travers un modèle agricole répondant aux besoins de la population, à l’instar du Mali, qui fait figure d’exception historique dans la région, en étant parvenu à maintenir sa quasi-autonomie et qui pourrait même exporter chez ses voisins. Trois axes seraient prioritaires pour atteindre l’autosuffisance en riz. Premièrement, la transmission générationnelle. L’Afrique dispose d’une population jeune alors que la main-d’œuvre agricole est vieillissante. Avec l’émergence de l’agritech africaine, la jeunesse pourrait contribuer à la modernisation de la culture du riz et apprendre du savoir-faire précieux des anciens. Deuxièmement, une intégration régionale est primordiale. En intensifiant le développement de chaînes de valeurs durables, la production locale et régionale serait favorisée, sans porter préjudice à la population, qui voit régulièrement les prix du riz s’envoler comme au Nigéria. Enfin, encourager une fédération pour le riz, comme cela est le cas par exemple pour la banane (Afruibana) ou pour le cacao, à la suite des accords récents passés entre la Côte d’Ivoire et le Ghana. En s’unissant, les États producteurs de riz pourraient mieux défendre leurs intérêts sur les marchés internationaux face à la concurrence étrangère et contrer l’absence de compétitivité du riz ouest-africain face au riz asiatique.

Plus d’investissements, une meilleure coordination des processus de production et d’exploitation du riz, des contrats plus flexibles et des impositions de taxes sur les produits importés seraient des solutions qui pourraient, dans les prochaines années, permettre aux États ouest-africain une autosuffisance alimentaire, voire une autonomie alimentaire, en riz, à l’échelle régionale.

Sitographie :

« Dis l’Afrique, c’est loin l’autosuffisance en riz ? », RFi, publié le 20/11/2020, disponible ici : https://www.rfi.fr/fr/podcasts/éco-d-ici-éco-d-ailleurs/20201120-dis-l-afrique-c-est-loin-l-autosuffisance-en-riz

« « L’approvisionnement alimentaire de l’Afrique passera par les produits locaux » (Nicolas Bricas, Cirad) », par Espoir Olodo, Agence Cofin, publié le 27/11/2020, disponible ici : https://www.agenceecofin.com/investissement/2711-82943-l-approvisionnement-alimentaire-de-l-afrique-passera-par-les-produits-locaux-nicolas-bricas-cirad

« Le Covid-19 doit accélérer l'émergence d'une puissance agricole africaine », par Joseph Owona Kono, Le Point Afrique, publié le 14/05/2020, disponible ici : https://www.lepoint.fr/afrique/le-covid-19-doit-accelerer-l-emergence-d-une-puissance-agricole-africaine-14-05-2020-2375525_3826.php

« Nigeria : le riz, victime collatérale de la fermeture des frontières », TV5 Monde, publié le 28/11/2019, disponible ici : https://information.tv5monde.com/video/nigeria-le-riz-victime-collaterale-de-la-fermeture-des-frontieres

« Nigeria, Sénégal, Mali… Quelles stratégies pour atteindre l’autosuffisance alimentaire ? », par Estelle Maussion, Jeune Afrique, publié le 11/09/2020, disponible ici : https://www.jeuneafrique.com/mag/1033825/economie/nigeria-senegal-mali-quelles-strategies-pour-atteindre-lautosuffisance-alimentaire/

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